Le mensuel protestant réformé évangélique
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L'Éternel est-il au milieu de nous ? (méditation sur Exode 17 en version longue)

Les Israélites viennent de voir de leurs propres yeux des prodiges extraordinaires, comme une mer qui s'ouvre devant eux pour les laisser passer à pied sec, ou de la nourriture qui apparaît miraculeusement sur le sol chaque matin pour les nourrir. Pourtant, maintenant qu'ils sont contrariés par les circonstances, ils se demandent où est Dieu ! Cette façon de penser n'est-elle pas caractéristique de notre condition humaine ? Les croyants ne sont pas immunisés contre la tentation qui consiste à mettre en doute, sinon l'existence de Dieu, au moins sa présence, ou sa souveraineté, ou sa bonté. Mais l'épisode des murmures à Réphidim, suivi de la bataille contre Amalec, nous montre plutôt que la présence de Dieu est toujours manifeste, dans l'Église, à condition de savoir où regarder.

 

Le texte rapporte tout d'abord la protestation du peuple, qui s'en prend violemment à Moïse en raison de l'absence d'eau à l'emplacement du campement (v. 1-4). Mais Moïse interprète cette querelle comme étant la projection d'un mécontentement vis-à-vis de Dieu. Les Israélites sont en train de « tenter » l'Éternel, c'est-à-dire de le mettre à l'épreuve, comme s'ils disaient : « Dieu, si tu existes, si tu es présent, si tu écoutes, si tu es tout-puissant et bon, et bien prouve-le ! Et voici ce que tu devrais faire pour le prouver... ». Je me souviens d'un non-croyant avec qui je discutais un jour de l'existence de Dieu, et qui a fini par me dire : « Ce soir avant de me coucher, je vais demander à Dieu de faire apparaître un ananas sous mon lit pendant la nuit, et demain matin, s'il l'a fait, je croirai en lui. » Le problème, c'est qu'en formulant les choses ainsi, on s'élève en juge de Dieu ! Les Israélites aussi, dans cet épisode, sont critiques du plan de Dieu, et attendent de lui qu'il fasse ses preuves avant de lui faire confiance. C'est le monde à l'envers. Dieu est par définition le créateur de tout ce qui existe, l'auteur du temps et de toutes les lois de la physique, le souverain gestionnaire du cosmos tout entier, et nous lui demanderions des comptes ? Moïse est naturellement affligé par cette attitude. Il est vrai, pourtant, que les circonstances de notre vie nous conduisent parfois à douter de l'existence, de la présence ou de la compétence de Dieu. Mais que nous enseigne la suite du texte ?

Moïse se plaint à Dieu, et Dieu fournit de l'eau au peuple, par un procédé très curieux qui met en valeur non pas la puissance spectaculaire de Dieu, mais plutôt les signes ordinaires de sa présence au milieu du peuple (v. 5-7). Ces signes, ce sont les conducteurs du peuple et le bâton de Moïse, auxquels les Israélites auraient dû regarder pour trouver la réponse à leur question : « L'Éternel est-il au milieu de nous, oui ou non ? ». Imaginez un jeune enfant qui, pour son anniversaire, reçoit un formidable cadeau de la part de ses parents. Il est rempli de reconnaissance, et il est convaincu au plus profond de lui-même que ses parents l'aiment. Mais le lendemain, pas de nouveau cadeau. Ni le surlendemain. Et les jours, les semaines et les mois passent sans que ses parents lui offrent un nouveau cadeau ! Horreur ! Ont-ils arrêté de l'aimer ? Ont-ils arrêté d'exister ? Bien sûr que non : leur amour est inaltérable, et il est même visible, puisqu'il se manifeste chaque jour par toutes sortes de moyens ordinaires. Les Israélites aussi devaient apprendre à considérer les signes ordinaires de la présence de Dieu au milieu d'eux. Le bâton que Dieu avait donné à Moïse pour frapper le Nil, et les anciens que Dieu avait donnés au peuple pour le conduire depuis l'Égypte, sont les instruments que Dieu utilise maintenant pour abreuver les Israélites, et le Nouveau Testament précise que cette eau avait un caractère spirituel extraordinaire, puisque le rocher qui a été frappé, c'est Christ (1 Co 10.4). Signes ordinaires... mais grâce extraordinaire ! Aujourd'hui encore, Dieu nous abreuve spirituellement, et nous communique Christ, par les moyens ordinaires que sont la Bible, les sacrements, et les personnes qui sont appelées à les administrer.

Le texte poursuit en racontant une bataille, la première depuis la confrontation avec les Égyptiens (v. 8-13). Cette fois, une armée est constituée, et l'on connaît la suite : trois hommes montent en haut d'une colline pour y élever le bâton de Moïse. Leur coopération permet au bâton de rester élevé, et à Israël de l'emporter face à Amalec. Le point commun entre cet épisode et celui du rocher, c'est le bâton de Moïse, signe ordinaire, toujours, de la présence de Dieu au milieu, et en faveur, du peuple. Dans les confrontations sportives, quand une équipe joue « à domicile », on considère généralement qu'elle est favorisée, parce qu'elle est entourée de ses supporters qui la soutiennent bruyamment. Il en est un peu de même dans cet épisode. En élevant le bâton, Moïse le rend visible aux Israélites qui sont en train de se battre et qui se rendent compte que Dieu est au milieu d'eux. Ils sont encouragés, et par le moyen de leur foi, Dieu leur donne d'avoir le dessus. Mais quand le bâton disparaît, c'est comme si les supporters se taisaient ou quittaient le stade. Les combattants sont découragés, ils perdent confiance, ils doutent de Dieu et ils faiblissent. Dieu aurait pu anéantir miraculeusement les troupes d'Amalec, mais il préfère apprendre aux Israélites à se fier aux signes ordinaires de sa présence au milieu d'eux. De nos jours, beaucoup de gens cherchent encore des signes et des miracles, mais cette recherche effrénée se fait souvent au détriment des moyens ordinaires que Dieu a institués et qui nous communiquent sa grâce extraordinaire. Parmi ces moyens, il y a tout spécialement la transmission fidèle du message de la Bible, qui doit être « tenue en hauteur », devant les yeux des hommes. C'est là qu'il faut regarder pour savoir si Dieu existe, s'il est présent, et s'il agit pour le bien des hommes.

N'est-ce pas précisément pour cela que juste après, Dieu ordonne à Moïse d'écrire un livre (v. 14-16) ? Dieu veut qu'on se souvienne de ce qui s'est passé. Moïse l'a bien compris, puisqu'à son tour, il construit un monument commémoratif auquel il donne le nom de : « L'Éternel mon étendard », en référence au bâton qui a été élevé comme un étendard pour manifester aux Israélites que l'Éternel était bien là, avec eux, au milieu d'eux, et pour eux. Le livre et le monument serviront à conforter les générations futures dans leur conviction que Dieu existe et qu'il veut leur bien. Imaginez cette fois un jeune enfant dont les grands-parents habiteraient à l'autre bout du monde, et dont il ne recevrait la visite que très rarement. Heureusement, grâce aux lettres et aux photos qu'il reçoit de leur part, grâce aux e-mails, aux clips vidéo et aux conversations en FaceTime, cet enfant peut se souvenir de qui sont ses grands-parents, de l'amour qu'ils lui portent, et même des occasions où ils se sont vus et ont passé de bons moments ensemble. À travers ces moyens de communication ordinaires, une relation précieuse est entretenue et confortée. Et l'Éternel, demandent les Israélites, existe-t-il ? Nous aime-t-il ? Est-il au milieu de nous, oui ou non ? – Et bien Israélites, considérez ces signes ordinaires de sa présence et de son amour : les conducteurs que Dieu vous a fournis, le bâton que Moïse tenait dans sa main, l'autel à Réphidim, le livre qui raconte tout ce que Dieu a fait pour vous, et où sont écrites toutes les promesses qu'il vous a faites et qu'il tiendra, sans l'ombre d'un doute. Oui, l'Éternel est au milieu de vous !

À notre tour, considérons l'Église, cette communauté de personnes que Dieu a suscitée et qui témoigne de son amour. Considérons le pain et la coupe, signes tangibles de la grâce de Dieu. Considérons la Bible, dont les textes nous expliquent depuis des millénaires qui est Dieu, ce qu'il a fait et ce qu'il a promis de faire. Mais par-dessus tout, considérons la personne qui est au centre de ces Écritures : Jésus-Christ, qui est venu révéler Dieu en personne, vivre une vie parfaite, mourir et ressusciter pour délivrer définitivement les croyants de la puissance du péché et leur garantir la faveur éternelle de Dieu. Oui, la présence de Dieu est toujours manifeste, dans l'Église, à condition de savoir où regarder.

~ Alexandre Sarran

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